Fusions et acquisitions : redressement du secteur en perspective ?

En 2023, le volume global des opérations de fusions-acquisitions a reculé de 17 %, atteignant son niveau le plus bas depuis une décennie. Plusieurs banques d’investissement, pourtant habituées à des commissions records, ont réduit leurs effectifs pour la première fois depuis la crise financière de 2008.

Certaines régions, comme l’Asie-Pacifique, affichent pourtant une résilience inattendue, tandis que des secteurs jusque-là peu exposés aux consolidations s’imposent subitement dans les portefeuilles. Les arbitrages stratégiques, la réorganisation des chaînes de valeur et l’afflux de capitaux privés redessinent les contours du marché.

Où en est le marché des fusions-acquisitions aujourd’hui ?

Le marché mondial des fusions-acquisitions évolue à bas régime depuis un an. D’après les analyses de PwC et KPMG, le volume des transactions a chuté de 17 % en 2023, pour s’établir à 3 200 milliards de dollars. Du jamais vu depuis dix ans. Les très grandes opérations dépassant 10 milliards de dollars se font rares. Les investisseurs redoutent la volatilité des taux d’intérêt et les nuages économiques qui s’amoncellent.

En France, le marché des acquisitions ressent l’effet domino de la zone euro. Bien que certains segments restent actifs, le nombre d’opérations dépassant 500 millions d’euros s’amenuise. Les transactions stratégiques se raréfient, tandis qu’à Paris, la prudence domine. Les directions financières freinent les projets, freinées par la hausse du coût du capital.

Voici comment la situation se décline selon les grandes zones géographiques :

  • Europe : sur l’ensemble du continent, la même retenue prévaut, même si les secteurs technologiques et de la santé résistent mieux à la morosité.
  • États-Unis : le leader historique du marché marque le pas, pénalisé par la hausse des taux et des valorisations jugées peu réalistes.
  • Asie-Pacifique : la région trace sa propre voie, portée par la Chine et l’Inde, avec une multiplication des consolidations dans l’industrie et le numérique.

Loin d’annoncer la fin du marché M&A, la raréfaction des méga-deals oriente les acteurs vers des transactions plus ciblées, parfois internationales, pour gagner du terrain sur des marchés prometteurs. Les opérations de taille intermédiaire s’imposent comme le moteur du secteur, preuve que celui-ci sait se réinventer même sous contrainte.

Quelles dynamiques régionales et sectorielles dessinent la reprise ?

La reprise du secteur des fusions-acquisitions avance à un rythme inégal selon les continents. Sur le vieux continent, la prudence reste de mise : l’activité se concentre sur la technologie et la santé, deux univers où l’innovation ne faiblit pas. Les services financiers, eux, poursuivent leur mutation numérique et génèrent un flux stable d’opérations, même si les très grandes transactions sont plus rares.

Côté Amérique du Nord, la croissance s’organise autour de l’intelligence artificielle et des plateformes technologiques. Les valorisations repartent à la hausse, notamment sur la côte Est, tandis que la côte Ouest multiplie les acquisitions en cybersécurité et en data. Pour les directions générales, tout l’enjeu consiste à intégrer rapidement ces compétences clés.

L’Asie-Pacifique accélère, sous l’impulsion de l’Inde et de la Chine : consolidation tous azimuts dans l’énergie, la distribution, les services publics. Ici, l’intégration des critères ESG devient décisive. L’impact environnemental, le social et la gouvernance modifient la valeur des entreprises cibles et la structure des opérations.

Quelques secteurs et régions tirent particulièrement leur épingle du jeu :

  • En Europe et à Paris, les services financiers et la consommation mènent la danse.
  • En Asie, c’est l’énergie et les services publics qui accélèrent, avec toujours plus de deals transfrontaliers.
  • Aux États-Unis, la tech et l’intelligence artificielle bousculent la hiérarchie des transactions.

Cette diversité des rythmes, cette montée de l’IA, de l’ESG et de l’énergie façonnent une reprise du marché des fusions et acquisitions qui ne ressemble en rien à celle des cycles précédents. Elle est hétérogène, certes, mais elle s’installe.

Facteurs clés de succès et bonnes pratiques pour sécuriser une opération M&A

Dans un processus de fusion-acquisition, rien ne doit être laissé au hasard. Les dernières études mondiales de PwC France et Maghreb l’attestent : préparer minutieusement son opération reste la meilleure arme pour réussir. Une due diligence rigoureuse, un repérage précis des synergies potentielles : voilà ce qui distingue une acquisition qui dynamise un groupe d’une opération qui l’handicape.

L’étape de l’intégration cristallise la plupart des enjeux. Selon KPMG, près d’une opération sur deux n’atteint pas ses objectifs à cause d’une mauvaise anticipation de la phase post-acquisition. Aligner les équipes, rapprocher les cultures, fidéliser les talents : ces leviers passent désormais au premier plan des stratégies de réussite.

Voici les mesures à privilégier pour maximiser les chances de succès :

  • Structurer le processus de transaction en fixant un calendrier clair, en anticipant les points sensibles et en verrouillant la sécurité des données critiques.
  • Faire appel à un cabinet de conseil et d’audit pour bénéficier d’un regard extérieur, débusquer les angles morts et fiabiliser le montage.
  • Communiquer efficacement, pour garder les équipes engagées et éviter que les collaborateurs clés ne prennent la porte.

La gouvernance doit, elle aussi, évoluer : mettre en place une équipe dédiée, raccourcir les circuits décisionnels, accélérer la prise de décision. Les acteurs des services publics et des ressources (EU&R) appliquent ces méthodes pour limiter les frictions et protéger la chaîne de valeur. Les retours d’expérience mondiaux convergent : une gestion active des risques, du début à la fin, fait toute la différence lors d’une fusion-acquisition.

Groupe divers d executives devant un bâtiment d affaires

Vers un redressement durable : quelles perspectives pour les acteurs du secteur ?

Le redressement des fusions et acquisitions oscille entre prudence et regain d’ambition. Après la dégringolade observée en 2023, les premiers signaux de 2024 laissent espérer une reprise du volume des transactions en Europe et en France. Les plus réactifs l’ont compris : la fenêtre d’opportunité ne reste jamais longtemps ouverte.

Ce retour de la croissance s’appuie sur des réserves de liquidités accumulées par les fonds de capital-investissement, mais aussi sur le besoin de repositionner les portefeuilles. Les grandes entreprises s’activent pour rester compétitives, sous la pression croissante des critères ESG et de l’essor de l’intelligence artificielle. Paris confirme sa place de choix pour les méga-deals européens, notamment dans la finance, l’énergie et la grande consommation.

Trois tendances se dégagent clairement :

  • Les acheteurs privilégient la sélectivité des cibles : seules les opérations qui créent de la valeur et répondent à un véritable enjeu stratégique se concrétisent.
  • Le financement reste sous tension : l’accès au crédit se resserre et seuls les mieux armés peuvent avancer.
  • La réglementation pèse sur les rapprochements à venir, notamment en matière d’antitrust et de souveraineté économique.

La consolidation s’accélère dans les segments à fort potentiel, tandis que les transactions opportunistes se multiplient là où la pression économique se fait sentir. Les analyses croisées de PwC France, Maghreb et KPMG révèlent une tendance nette : le marché M&A repart, porté par l’innovation et l’obligation permanente de s’ajuster. Ceux qui saisissent cette dynamique pourraient bien façonner le visage du secteur pour la décennie à venir.

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